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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 11:55

 

Du 20 au 24 avril 2012

Bienvenue au pays de Toraja, au centre de Sulawesi, étrange ethnie qui se distingue de toutes les autres par son mode de pensée et de vie. Ici, on vit pour préparer sa mort ! Cela peut paraitre surprenant mais c’est réel, chaque personnes de Toraja doit travailler pour accéder au paradis plus aisément, c’est leur but grâce à des sacrifices d’animaux.

Lorsqu’un mort a lieu dans une famille, cette dernière doit préparer une cérémonie de décès en faisant des sacrifices30---Centre-Sulawesi---Toraja 0361 de cochons et de buffles qui s’achètent au marché à des prix exorbitants : entre 3000 euros pour un buffle noir et 8000 euros pour un buffle tacheté. Plus il y a aura de buffles sacrifiés, plus l’âme du défunt pourra atteindre le paradis rapidement, les  buffles faisant office de transport jusqu’aux cieux. Mais il faut nourrir ces buffles pendant tout ce trajet, et interviennent les cochons en guise de nourriture (quelques fois, des coqs aussi en guise d’offrandes à Dieu).

Lors de cérémonies, il n’est pas rare de voir des dizaines de buffles et cochons sacrifiés pour être sûr que l’âme du défunt puisse arriver à ce paradis tant attendu par l’immense majorité des Torajas. La plupart des familles ne peuvent se payer d’un seul coup tous les animaux sacrifiés et attendent que certains convives leur allouent un buffle ou un cochon. Sympathique geste mais il s’agit d’une dette pour la famille qu’elle devra rembourser aux donateurs lors de sa propre vie. Le peuple Toraja croule sous les dettes les uns envers les autres, mais c’est une forme d’investissement également.

Sur les 2 600 000 habitants au pays de Toraja, deux millions vivent à l’extérieur pour y trouver un emploi et économiser le maximum d’argent en cas de décès dans la famille : ils ne vivent que dans cet objectif (55 % de leur revenu pour ces cérémonies). Le peuple Toraja est par conséquent très travailleur, et au cas où un membre de la famille ne respecterait pas ses engagements pour rembourser ses dettes et ne reviendrait plus dans la famille pour ramener de l’argent, il serait banni à jamais.

En général, les cérémonies se passent souvent en juillet août pendant les vacances, les corps des défunts étant purifiés et gardés dans les maisons, parfois pendant des années afin de regrouper le pécule pour les animaux à sacrifier mais et à la préparation de la cérémonie. Topik a réussi à nous dégoter non seulement une grande cérémonie funéraire mais également dans la même journée, une cérémonie de crémaillère, très rare car cela faisait au moins 7 ans qu’il n’avait pu y participer. Et comme jamais deux sans trois, nous avons aussi le célèbre marché le même jour qui se tient tous les 6 jours dans la région. Autant dire que la journée risque d’être intense.

Le marché permet de voir bien évidemment les traditionnelles ventes de fruits, légumes, poissons avec quelques particularités dans la région : vente d’œuf de canard, vente de condiment pour la préparation du bétel (feuille de tabac, noix de bétel, dattier de palmier et de la chaux vive !) qui sert à chiquer (qui donne souvent la bouche rouge) et remplace le dentifrice, vente de couteaux et sabres fabriqués à partir des amortisseurs de voitures, etc. Mais le plus atypique est le marché aux cochons et buffles où des centaines d’animaux attendent d’être achetés en vue des cérémonies. Il vaut mieux que Brigitte Bardot ne vienne pas car les cochons sont attachés au niveau des pattes avec des bambous afin de les porter plus facilement. 30---Centre-Sulawesi---Toraja 0239Les cris des cochons sont assourdissants ; en rangée, ils se débattent pour se défaire de leurs nœuds, mais sans succès, le spectacle peut paraitre dur. Lisa et Hugo posent beaucoup de questions, sur le devenir de ces cochons, et Lisa promet qu’elle ne mangera plus de cochons de sa vie car c’est l’amie des cochons !

Des centaines de buffles attendent également, paisiblement. C’est la fierté de chaque homme au Toraja. On a l’habitude de dire au Toraja que dans les autres pays, l’homme regarde travailler le buffle dans les rizières alors qu’ici, c’est le buffle qui regarde l’homme travailler dans les rizières ! Le buffle est mieux considéré qu’une vie humaine, c’est la richesse d’un homme, c’est sa Rolls-Royce : il le nettoie quasiment tous les jours, le nourrit allègrement, l’observe et l’admire quotidiennement.

Après ce petit tour charmant dans ce marché hebdomadaire, nous partons assister à la cérémonie funéraire tant attendue mais également redoutée de part ces sacrifices. Nous traversons une grande rizière gadoueuse, il vient de pleuvoir, avant de découvrir des dizaines de voitures et camions et des centaines de personnes se dirigeant fièrement vers les constructions provisoires conçues pour cette occasion. Ces édifices en bambou sont numérotés par ordre croissant pour visualiser les familles qui ont le plus « prêté » de cochons et de buffles, formant un carré ou un rectangle afin que chacun ne manque rien de la fête.

L’attente devient longue, environ 3 heures, le temps que tout le monde s’installe, arrive avec son animal à sacrifier, le place au milieu de l’assemblée afin de le répertorier sur un registre tenu par des officiels pour enregistrer les dettes des uns et des autres, mais aussi pour percevoir une taxe par animal sacrifié. Quelques familles proches du défunt, mort depuis plus d’un an, accompagnent les convives vers leurs lieux d’attente, avec leurs costumes traditionnelles noirs. Puis soudain, quelques hommes arrivent avec un sabre, transperce le cochon au niveau du cœur avant de le bruler avec un lance flamme pour retirer les poils : scène atroce d’autant plus que le cochon est toujours attaché depuis des heures, et bouge encore lorsqu’il commence à bruler !

pays Toraja5Nous partons avant qu’il y ait un bain de sang avec les autres cochons qui vont subir le même sort à la chaine. Les cuisines sont bondées de plats différents pour nourrir tous les convives. La fête continuera jusqu’en fin de soirée. Je reviendrais seul le lendemain avec Topik pour photographier le sacrifice de buffles car la cérémonie dure environ 3 jours. La scène est encore plus sanglante : les buffles reçoivent un grand coup de sabre au niveau de la gorge qui s’ouvre sur une dizaine de centimètres, le sang est éjecté en l’air et coule à flot. Les buffles s’écroulent au fur et à mesure à terre, les uns sur les autres, parfois après quelques minutes car le « tueur » de buffles ne peut s’y reprendre à plusieurs fois. Certains se relèvent après quelques minutes avant de retomber à terre.

J’ai du mal à résister, je photographie et filme en essayant de ne pas trop penser, je trouve cet épisode barbare malgré les explications de Topik sur les traditions. Heureusement que les enfants n’ont pas assisté à ce sanglant sacrifice, ils veulent voir les photos mais je refuse fortement étant encore sous le choc. Cependant, la cérémonie pour la crémaillère, qui est plus une fête, sera aussi glauque. Nous arrivons après les sacrifices de cochons, sur un terrain souillé de sang, avec des cochons découpés en deux, en quatre, en huit……comme un puzzle à reconstituer. Etrange scène à nouveau que de voir ces centaines de convives attendre ensuite le partage de chaque pièce de viande ! Heureusement qu’il reste néanmoins les explications sur les maisons traditionnelles et sur les greniers à riz pour égaier ces traditions morbides.

Le pays de Toraja recèle bien d’autres merveilles, notamment des paysages composés de rizières splendides, de petits canaux et des maisons Toraja un peu partout même dans la campagne profonde. Nous sommes enchantés par cette région, par la gentillesse des personnes lorsque nous descendons prendre une photo de leur demeure, et de leurs greniers à riz qui ressemblent à des maisons : cela fait également parti de leur richesse. Et lorsque nous arrivons dans une nouvelle famille pour y dormir (de mémoire, c’est le beau frère à sa femme), nous sommes conviés à découvrir les lieux bien évidement, mais aussi à contempler leur(s) buffle(s), une fierté énorme pour la famille.

Nous dormirons dans une maison Toraja, qui date de plusieurs générations. Cette demeure est isolée et perchée au-dessus de Makale, capitale administrative du pays Toraja. L’intérieur par contre est sommaire, nous dormirons avec une partie de la famille dans la même pièce, et le repas se fera sans couvert, au grand plaisir des enfants et de nous aussi d’ailleurs. 30---Centre-Sulawesi---Toraja 0518L’ambiance est sympathique, le pépé de la maison, qui était l’ancien chef du village, s’intéresse à la politique, à notre pays. Il est marrant, il a une bonne tête et possède un charisme naturel. Nous le verrons également le matin de bonne heure lorsqu’il viendra prendre ses habits dans la chambre à 5 heures du matin en baragouinant assez fort quelques mots. Mais bon, on était déjà réveillé par les poules, les cochons, les chiens.

Hugo et Lisa ont envie de fabriquer, de créer des choses avec leurs mains. Ils n’ont plus effectivement de Lego, de puzzle, ou de peinture, alors dès qu’ils ont vu que le fils de la maison sculptait un morceau de bois, ils se sont précipités pour essayer également de leur côté, restant pendant des heures à essayer de modeler un couteau ou un bateau.

Encore un départ, les enfants, comme à leur habitude, sont tristes de devoir laisser leurs copains d’un jour. Nous partons pour 2 jours de randonnées à travers les beaux paysages du nord de Rantepao, où nous découvrons des rizières spectaculaires. Les gens nous disent tous « hello », les maisons Toraja sont aussi belles les unes que les autres. 30---Centre-Sulawesi---Toraja 0697Nous affrontons quasiment que de la montée, assez rude de temps à autres, ce qui est assez difficile pour Lisa avec ses petites pattes mais elle le fera pendant environ 3 à 4 heures avec quelques petites pauses. La pluie s’invitera en milieu d’après-midi, nous serons obligés de s’arrêter chez quelqu’un pendant plus d’une heure avant de repartir sous quelques gouttes. Nous dormirons également dans une maison Toraja mais bien plus touristique, bien aménagée mais cette fois-ci, avec un peu moins de contact avec la famille car les repas se feront sans eux malheureusement.  

Ces quelques escapades mériteront de terminer dans un bel hôtel avec piscine que nous apprécierons très brièvement car une  pluie battante viendra perturber notre « bain ». Tant pis, de toute façon, nous avons rendez-vous avec Topik et le chauffeur pour un dernier pot ensemble. La nostalgie nous gagne déjà, nous devons repartir dès le lendemain tout seul avec les moyens de transports locaux. Nous avons surtout passé un moment merveilleux avec ce Topik généreux qui a su nous captiver grâce à son expérience et à son envie de transmettre sa culture. Comme il le dit souvent, nous étions un peu en famille : « tu vas nous manquer Topik ».

 

PHOTOS DANS DOSSIER « TORAJA »

 

 

 

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